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Troupeaux décimés, des éleveurs palestiniens tentent de se relever de la fièvre aphteuse
Ces derniers mois, les éleveurs palestiniens ont perdu plus de 2.000 têtes de bétail en Cisjordanie occupée. En cause: l'apparition d'une nouvelle souche de fièvre aphteuse à l'heure où les autorités locales mettaient le frein sur la vaccination animale.
Depuis sa ferme dans une zone rurale à la sortie de Naplouse (nord), Mohammed Bachir chiffre ses pertes à 150.000 dollars (139.000 euros). De février à mars, en pleine éclosion de fièvre aphteuse, cet éleveur a perdu plus de 300 bêtes forçant ses équipes à brûler des centaines d'agneaux dans un petit coin de sa terre.
Après l'apparition d'une nouvelle souche de fièvre aphteuse, initialement découverte en novembre en Jordanie, les éleveurs palestiniens de Cisjordanie ont vu leur bétail décimé et ont blâmé l'Autorité palestinienne pour avoir interrompu les campagnes de vaccination sur leurs animaux.
"Je n'ai reçu aucune aide de l'Autorité palestinienne, même pas un coup de fil", se lamente Mohammed Bachir, propriétaire de milliers de bêtes. "Ils devraient nous protéger, protéger la terre", enjeu par ailleurs au coeur du conflit israélo-palestinien.
D'après le ministère palestinien de l'Agriculture, 2.000 bêtes sont mortes cette année mais des éleveurs interrogés jugent ce chiffre incomplet et montrent du doigt le faible taux de vaccination du bétail.
Selon un responsable du ministère palestinien s'exprimant sous le couvert de l'anonymat, entre 60 et 70% des chèvres et des moutons sont vaccinés chaque année contre la fièvre aphteuse en Cisjordanie.
Mais les autorités locales n'ont pas mené de campagne de vaccination depuis 2019, ce qui a fait chuter ce taux à 20%, note ce responsable.
- Responsable ? -
Le ministère pointe du doigt la pandémie, les autorités ayant consacré leurs efforts à des campagnes de vaccination humaine contre le Covid-19, qui a fait des milliers de morts en Cisjordanie occupée, alors que les fabricants de vaccins ont réorienté leur production face à la flambée des contaminations à travers le monde.
Le ministère palestinien reproche aussi à Israël d'avoir fait obstruction à l'importation de vaccins contre la fièvre aphteuse, une maladie animale très contagieuse mais qui ne se transmet pas aux humains.
Faux, rétorque le Cogat, organe du ministère israélien de la Défense qui supervise les activités civiles dans les Territoires palestiniens.
"Il n'y a eu aucune demande officielle de l'Autorité palestinienne pour l'importation de tels vaccins", a indiqué le Cogat à l'AFP. "Et compte tenu des exigences sanitaires qui sont apparues, l'Etat d'Israël a transféré des doses de vaccin en sa possession à l'Autorité palestinienne".
- Agriculture politique -
Pour Abbas Milhem, directeur exécutif du syndicat des agriculteurs palestiniens, l'épisode de fièvre aphteuse, qui s'est terminé en avril grâce entre autres à des mesures pour isoler le bétail affecté, était une plaie de plus pour les fermiers locaux considérés comme les "gardiens de la terre" par les Palestiniens dans leur conflit avec Israël, qui occupe la Cisjordanie depuis 1967.
"Le vrai combat contre l'occupation et l'annexion se fait sur la terre, mais les agriculteurs ne peuvent le mener seuls", dit-il, alors que plus de 475.000 colons israéliens résident aujourd'hui en Cisjordanie, où vivent 2,9 millions de Palestiniens. Les colonies sont considérées comme illégales par le droit international.
Dans la "zone C" de la Cisjordanie occupée, sous plein contrôle militaire et civil d'Israël et où se concentrent les colonies juives, les terres agricoles n'ayant pas été cultivées pendant trois ans peuvent être réclamées par l'Etat israélien, expliquent des critiques.
"Israël peut les désigner comme appartenant à l'Etat et se les approprier pour son usage propre, même si le terrain est enregistré comme un terrain palestinien privé", relève Eyal Hareuveni, chercheur à l'organisation israélienne anti-colonisation B'Tselem.
D'où l'incompréhension de certains agriculteurs face au gel de la campagne de vaccination, car outre la mise à mort du bétail et les pertes financières, il en va du devoir de l'Autorité palestinienne de les défendre.
Sur sa ferme aux alentours de Naplouse, Mohammed Bachir n'a point de doute à ce sujet: "les fermiers protègent la terre (...) si vous enlevez les fermiers, Israël la prendra".
O.Gutierrez--AT