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Bosnie : Mladic, "le boucher de Bosnie", enterré lundi à Belgrade
Ratko Mladic, dont les funérailles sont prévues lundi à Belgrade, s'imaginait en héros du peuple serbe. Mais il a été surnommé "le boucher de Bosnie" pour les crimes commis par les forces sous ses ordres pendant la guerre, du siège de Sarajevo au massacre de Srebrenica.
La dépouille de Ratko Mladic, décédé la semaine dernière à La Haye où il purgeait une peine de prison pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l'humanité, a été transportée en Serbie par un avion gouvernemental et accueillie jeudi à Belgrade avec les honneurs militaires. Bruxelles a dénoncé la "glorification" du criminel de guerre.
Des milliers de personnes sont attendues lundi à la cérémonie d'hommage à celui que la justice internationale a qualifié de "quintessence du mal".
"Je dis devant le monde entier que je suis fier du rôle joué par mon père", a déclaré vendredi son fils Darko Mladic lors d'une conférence de presse à Belgrade, au côté du ministre serbe de la Justice.
Parmi les atrocités commise par Ratko Mladic figure le massacre de 8.000 hommes et adolescents musulmans à Srebrenica, la pire tuerie commise sur le sol européen depuis la Seconde Guerre mondiale.
L'ancien Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme Zeid Ra'ad al Hussein a décrit l'ancien général comme "la quintessence du mal".
Arrêté en 2011 après seize ans de cavale, le soldat trapu et arrogant a fini sa vie en cellule.
Mais il reste aux yeux d'une partie de la communauté serbe le héraut de la cause du "peuple serbe". A Kalinovik, le bourg où il est né en Bosnie du sud-est, une fresque géante à son effigie proclame ainsi qu'on est dans "la ville du héros".
- "Tracer avec du sang" -
A Belgrade, son nom ou son visage sont tagués sur des dizaines de murs.
"Je suis le général Mladic. J'ai défendu mon pays et mon peuple", avait-il lancé dès sa première apparition à la barre du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY), fermé en 2017.
Pour le reste, cet homme, tantôt colérique et brutal tantôt jovial et truculent d'après ceux qui l'ont approché, a un jour expliqué que les frontières avaient "toujours été tracées avec du sang et les Etats délimités par des tombes".
Il est considéré comme le troisième architecte de l'épuration ethnique pendant la guerre qui a divisé la Bosnie.
De Belgrade, le président Slobodan Milosevic, mort en détention en 2006, enflammait les Balkans avec sa rhétorique "grand-serbe". Le psychiatre Radovan Karadzic, l'idéologue des Serbes de Bosnie condamné en 2019 à la perpétuité, déversait sa propagande fanatique. Ratko Mladic était leur bras armé.
- Soldat paysan -
Orphelin d'un partisan tué par les Croates oustachis pronazis, Ratko Mladic devient à 22 ans l'un des plus jeunes officiers de l'armée yougoslave.
Quand la guerre éclate, après avoir combattu les Croates, il est vite transféré en Bosnie, dont la capitale, Sarajevo, est soumise à un siège de près de quatre ans. Plus de 10.000 habitants, dont plusieurs centaines d'enfants, seront tués par les balles des tireurs embusqués ou les obus qui pleuvaient des hauteurs tenues par les forces de Ratko Mladic.
Pourtant, beaucoup de Serbes de Bosnie relativisent, voire nient les exactions commises.
Ses partisans continuent de véhiculer l'image d'un soldat paysan amoureux de sa terre, respectueux des codes d'honneur militaires, n'ayant pour objectifs qu'une Yougoslavie unie puis la protection de "son" peuple contre ceux qu'il désignait comme les "Turcs", les Bosniaques musulmans.
En 1994, sa fille Ana, étudiante en médecine, se suicide. Certains témoins ont estimé que Ratko Mladic était devenu plus brutal à la suite de sa mort survenue un an avant Srebrenica.
Après l'accord de paix de Dayton, Ratko Mladic reste en Bosnie, à l'abri dans son repaire de Han Pijesak, une base à moitié enterrée dans une forêt de pins de l'est de ce pays.
Puis il s'installe à Belgrade, protégé par l'armée. Quand Slobodan Milosevic est chassé du pouvoir en 2000, Ratko Mladic entre en clandestinité.
Le 26 mai 2011, il est arrêté. Avant son transfert à la Haye, il avait demandé à se rendre sur la tombe de sa fille.
Il est mort le 27 août 2026.
W.Morales--AT