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La Birmanie déchirée par la guerre communie autour des "épouses des esprits"
Au coeur d'une Birmanie déchirée par la guerre civile, les "épouses des esprits" se rassemblent malgré tout pour incarner leurs dieux ancestraux, lors d'une célébration animiste où les personnes LGBT+ tiennent une place centrale.
Elles boivent, dansent et s'évanouissent: c'est ainsi que d'éblouissantes médiums incarnent cette semaine les quelque 111 esprits divins issus de la croyance animiste birmane ancestrale, lors du festival annuel de Taungbyone, près de Mandalay (centre).
"Si vous croyez vraiment en eux, ils viennent à vous", assure à l'AFP Shwe Moe Thae Kyaw Kyaw, une "épouse" d'esprit âgée de 35 ans.
Et "plus vous croyez en eux, plus vos vœux seront exaucés".
Ces célébrations endiablées qui attirent traditionnellement des milliers de fidèles de tout le pays ont été percutées ces dernières années par la guerre civile, entamée en 2021.
Mais les lignes de front se sont récemment éloignées, offrant un répit à cet évènement par ailleurs considéré par beaucoup comme une Pride officieuse dans un pays où l'homosexualité est criminalisée.
Car la plupart des médiums sont des femmes transgenres ou d'autres minorités LGBT+ marginalisées.
En pleine lumière à Taungbyone, les "Nat-kadaw" ("épouses des esprits") s'unissent spirituellement aux puissants Nats birmans. Elles deviennent ainsi les incarnations sur Terre de ces esprits que des milliers de personnes viennent vénérer.
Cette croyance animiste très ancienne vit toujours, en parallèle de la religion bouddhiste majoritaire dans le pays.
Croulant sous les bijoux dorés, le visage irisé de maquillage, les médiums virevoltent en transe, jusqu'à l'extase, sous le regard austère des milices pro-gouvernementales.
La foule ivre lance des roses et hurle, glisse des liasses de billets dans leurs vêtements et des cigarettes allumées entre leurs lèvres rouges, à mesure que les esprits en prennent possession.
"Quand ils viennent à moi, je me sens particulièrement en paix et sereine", décrit Shwe Moe Thae Kyaw Kyaw.
- "Des remèdes" -
D'après la croyance, les Nats influencent tous types d'événements, de la vente d'une voiture d'occasion à la guerre civile qui affecte les 50 millions de citoyens de Birmanie.
"Nous avons tout perdu : nos amis, notre maison, notre avenir", se lamente un participant du festival âgé de 35 ans, requérant l'anonymat par sécurité.
"J'ai perdu mon chemin, c'est pour cela que je suis venu ici : pour retrouver le chemin du retour."
La guerre a été déclenchée par le coup d'Etat militaire de 2021 qui a renversé le gouvernement élu d'Aung San Suu Kyi. Depuis lors, les violences ont fait plus de 100.000 morts tous camps confondus, estime l'ACLED, une organisation qui consigne les reportages des médias portant sur les conflits.
Alors ici, au festival, "chacun prie pour obtenir ce qu'il désire", expose Tin Tin Aye, 50 ans, vendeuse ambulante de coiffes en feuillages portées par de nombreux participants. "Peu importe à quel point ils sont bouleversés, ils se sentent joyeux dès leur arrivée."
Ordre moral, loyauté, protection du foyer ou gardien des accros à l'alcool et aux jeux d'argent : chaque esprit Nat a sa signification.
"Je mets les gens en relation avec les Nats en fonction de leurs besoins", explique Win Hlaing, médium de 65 ans, pour qui les esprits sont "comme des remèdes".
A.Anderson--AT