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Le Kosovo se prépare à recevoir les prisonniers étrangers du Danemark
D'ici à 2027, le Danemark délocalisera ses prisonniers étrangers dans un centre de détention au Kosovo, en vertu d'un accord qui inquiète des ONG, la population et les gardiens mais qui pourrait servir de modèle à d'autres pays européens.
L'accord conclu en 2022 et ratifié par les députés kosovars en 2024 prévoit l'accueil de jusqu'à 300 prisonniers condamnés au Danemark de nationalité étrangère. Aucun d'entre eux ne doit avoir été condamné pour terrorisme ou crime de guerre, ni souffrir de maladie mentale ou d'une maladie incurable et, une fois leur peine purgée au Kosovo, ils seront envoyés dans leur pays d'origine.
En échange, le Danemark versera 200 millions d'euros - plus de six fois le budget annuel du ministère de la Justice du Kosovo.
- La population perplexe -
Les détenus seront emprisonnés dans un établissement qui leur sera entièrement dédié, dans les environs de Pasjak, à une cinquantaine de kilomètres au sud de la capitale, Pristina, où les travaux doivent commencer rapidement.
De la route principale, le chemin étroit qui mène au centre de détention divise le village en deux, laissant environ 1.500 de ses habitants d'un côté, tandis que l'école, la mosquée et le cimetière se trouvent de l'autre, près de la prison elle-même entourée de barbelés et de postes d'observation en hauteur.
Le projet laisse la population locale perplexe.
"Nous ne savons pas qui ils amèneront, ni s'ils constitueront une menace pour le village", se demande Zeke Zeka, un agriculteur de 57 ans qui occupe le poste de maire. "S'ils étaient bons, le Danemark les garderait et ne les transférerait pas" hors de son territoire, pense-t-il.
Tout en accrochant son linge dans la cour, sa femme, Hasime, 57 ans, regrette d'avoir une prison quasiment devant sa porte mais reconnaît ne "rien y pouvoir". "On ne nous a pas demandé (notre avis)".
Le doute a gagné l'intérieur même de cet établissement, où les gardiens se sentent victimes de discriminations.
"Nous continuerons à travailler pour le même salaire mais sous un régime danois, donc plus exigeant et dont les normes sont parmi les plus strictes en Europe", explique l'un d'eux à l'AFP au cours d'une visite de la prison - préférant taire son nom.
- Couture -
L'accord stipule en effet que le Kosovo "doit apporter les ajustements nécessaires aux installations pénitentiaires pour garantir qu'elles répondent aux exigences de l'État envoyeur", le Danemark, note Ismaïl Dibrani, le directeur des services pénitentiaires du Kosovo.
"Bien sûr, l'aménagement sera adapté au système pénitentiaire danois", ajoute M. Dibrani, précisant qu'il y aura "des ateliers où les prisonniers pourront travailler dans l'impression, la couture, le design, etc."
Côté danois, le gouvernement a nommé en avril un haut fonctionnaire, Mads Beyer, pour codiriger la prison, en coopération avec les autorités locales.
Son travail, confirme-t-il à l'AFP, sera "de s'assurer que les prisonniers purgent leur peine conformément aux règles danoises et dans des conditions comparables à celles qui s'appliquent dans les prisons danoises".
Si le comité contre la torture de l'ONU s'est inquiété de ce projet, tout comme le Comité européen pour la prévention de la torture et des peines ou traitements inhumains ou dégradants, ou encore plusieurs ONG, l'exemple kosovar intéresse beaucoup en Europe.
La délocalisation des prisonniers est un sujet qui n'est "pas tabou" a récemment déclaré le président français Emmanuel Macron et la Suède a annoncé mardi son intention de louer des places de prison en Estonie.
"Contrairement à la majorité des États européens qui sont confrontés à la surpopulation carcérale, nous avons des capacités suffisantes", insiste M. Dibrani. "La capacité de nos prisons est aujourd'hui de 2.800 places, alors que nous avons actuellement environ 1.800 prisonniers".
De quoi monnayer d'autres cellules ?
"Après la signature de l'accord, nous avons reçu de nombreuses demandes de la part de pays européens, contre des sommes faramineuses. Mais nous n'en avons pas encore discuté", ajoute-t-il. "Nous avons déjà beaucoup de travail à faire pour notre propre pays."
A.Ruiz--AT