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Espagne: Carles Puigdemont, l'éternel indépendantiste catalan
Quand le jeune Carles Puigdemont voyageait en Europe dans les années 1990, il utilisait un faux document d'identité catalan pour s'enregistrer dans les hôtels, afin de ne pas avoir à se servir de son document d'identité espagnol.
Révélatrice du personnage, cette anecdote, racontée par l'intéressé lui-même en 2016, illustre parfaitement son obsession, jusqu'au moindre détail, pour ce qui apparaît comme le but suprême de sa vie: l'indépendance de la Catalogne, dont il a été le président régional lors de la tentative de sécession avortée d'octobre 2017.
Jeudi, il a enfin fait son retour dans sa région, après sept ans passés en Belgique et en France à fuir les poursuites qui le visaient depuis 2017, le temps de prononcer un bref discours près du Parlement, puis de disparaître discrètement. Toujours visé par un mandat d'arrêt, il risque de se faire arrêter à tout moment.
Et pourtant, revenu au centre de la vie politique espagnole il y a un an en négociant habilement, en échange du soutien de son parti au socialiste Pedro Sánchez pour lui assurer une nouvelle majorité, une loi d'amnistie pour les indépendantistes, il aurait dû être le premier à en bénéficier.
Mais malgré son adoption par le Parlement et le fait que cette loi a déjà profité à plusieurs militants indépendantistes, elle est toujours au centre de nombreux débats juridiques, et son application reste soumise à l'appréciation des juges.
Le 1er juillet, la Cour suprême a décidé qu'elle ne s'appliquait qu'à certains des délits reprochés au dirigeant indépendantiste, qui a encore dénoncé mercredi "l’attitude de rébellion de certains juges de la Cour suprême".
Le faiseur de roi de l'été 2023 est né le 29 décembre 1962 à Amer, un village de carte postale montagneux, de 2.000 âmes, situé à une centaine de kilomètres au nord de Barcelone. Il était le deuxième de huit enfants.
- "Convictions" -
Sa famille possède toujours dans ce village la pâtisserie de ses parents.
Marié à une journaliste roumaine et père de deux filles, il joue de la guitare et a même fait partie d'un groupe de rock lorsqu'il était jeune.
Il étudie la philologie catalane avant de devenir journaliste. D'abord en tant que rédacteur en chef du quotidien en catalan "El Punt", puis comme directeur de l'Agence catalane d'Informations (ACN).
"En Catalogne, beaucoup sont devenus indépendantistes par réaction allergique aux politiques de Madrid, mais pas lui. Lui a toujours eu ces convictions", expliquait il y a quelques années à l'AFP un de ses amis dont il s'est depuis éloigné, le journaliste Antoni Puigverd.
En 2011, il est élu maire de Gérone, mais est encore pratiquement inconnu en Espagne quand il est propulsé à la surprise générale, en janvier 2016, à la présidence de la Catalogne.
"Il a accepté par sens des responsabilités et par indépendantisme, plus que par goût ou par ambition", a raconté un membre de son gouvernement de l'époque, Santi Vila, dans ses mémoires.
C'est en tant que président du gouvernement régional qu'il déclenche l'une des crises les plus graves de l'histoire contemporaine de l'Espagne: l'organisation en octobre 2017 d'un referendum d'autodétermination, malgré son interdiction par la justice, suivie par la déclaration unilatérale de l'indépendance de la Catalogne.
Cette tentative de sécession échoue et il s'enfuit en Belgique pour échapper à la justice espagnole.
Il s'installe alors à Waterloo, près de Bruxelles, tandis que ses compagnons restés en Catalogne sont emprisonnés et condamnés en 2019 à des peines allant jusqu'à 13 ans de prison. Ils seront graciés en juin 2021 par le gouvernement de Pedro Sánchez.
Au printemps dernier, l'indépendantiste avait quitté la Belgique pour s'installer dans le département français des Pyrénées-Orientales, à quelques kilomètres seulement de la frontière avec la Catalogne, où il rêvait d'un retour triomphal comme président régional.
Las! Les socialistes ont devancé son parti lors des élections régionales de mai 2024, et c'est finalement le jour où Salvador Illa, l'ex-ministre de la Santé de Pedro Sanchez, devait être investi président de l'exécutif régional que l'exilé a choisi de mettre en scène son grand retour.
A.Moore--AT