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En Israël, la crise s'amplifie autour de la réforme judiciaire
Les opposants au projet de réforme de la justice en Israël ont promis mardi de nouvelles manifestations, au lendemain de l'adoption par le Parlement d'une mesure clé de cette réforme, qui divise le pays et inquiète plusieurs pays alliés.
Plusieurs appels ont été déposés, notamment par le barreau israélien, auprès de la Cour suprême pour l'invalidation du texte voté lundi par les 64 députés de la coalition du Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui comprend des partis juifs ultra-orthodoxes et d'extrême droite.
Les organisateurs du mouvement de contestation qui se poursuit depuis la présentation du projet en janvier, ont annoncé mardi de nouveaux rassemblements dans les jours à venir, y compris mercredi près de la Cour suprême à Jérusalem, ainsi qu'à Tel-Aviv.
"Nous avons perdu cette bataille là contre cette réforme, mais nous sommes déterminés à nous battre contre ce mauvais gouvernement", a déclaré Guy Maidan, un opposant à la réforme. "Cela va être une longue bataille, faire revenir la démocratie en Israël".
Le projet de loi porté par le gouvernement a déclenché l'un des plus vastes mouvements de contestation de l'histoire d'Israël.
La réforme vise à accroître le pouvoir des élus sur celui des magistrats. Le gouvernement estime qu'elle est nécessaire pour assurer un meilleur équilibre des pouvoirs, mais ses détracteurs y voient une menace pour la démocratie et craignent qu'elle ouvre la voie à une dérive autoritaire.
La mesure votée lundi par la Knesset, la première de la réforme à devenir une loi, limite la possibilité pour la Cour suprême d'invalider une décision du gouvernement.
La contestation populaire, qui rassemble chaque semaine depuis janvier des dizaines de milliers de manifestants, s'est intensifiée à l'approche de ce vote.
En signe de protestation, le syndicat des médecins a lancé mardi une grève générale du service public, sauf pour les urgences.
Le tribunal du travail de Tel-Aviv a ordonné le jour même la fin de la grève, estimant que "les craintes du syndicat sont pour le moment théoriques alors que les dommages aux patients sont réels".
"Une grève de deux heures est légitime pour exprimer le droit de protester mais pas plus", a ajouté le tribunal.
Lundi, le puissant chef de la centrale syndicale Histadrout, Arnon Bar David, avait prévenu que "toute avancée unilatérale dans la réforme aurait des conséquences graves", brandissant la menace d'une grève générale.
Dans ce contexte d'instabilité, la Bourse de Tel-Aviv a poursuivi mardi son mouvement de repli.
Plusieurs quotidiens israéliens affichaient mardi une première page entièrement noire avec les mots "Jour noir pour la démocratie israélienne".
- "Mener un dialogue" -
Lors des manifestations qui se sont poursuivies tard lundi, 58 personnes ont été interpellées pour troubles à l'ordre public, selon la police.
La police avait utilisé des canons à eau pour disperser des manifestants qui tentaient de bloquer des axes principaux à Jérusalem et Tel-Aviv.
Elle a dit avoir placé en garde à vue un homme soupçonné d'avoir blessé des manifestants lundi en conduisant sa voiture au milieu de protestataires qui bloquaient une autoroute.
"Vous voyez ce qui se passe dans la rue (...), tout le monde est très en colère, je suis vraiment triste", a dit à l'AFP Josh Hakim, un étudiant qui manifestait lundi soir près du Parlement à Jérusalem.
Des manifestations étaient prévues mardi soir à Tel Aviv, Jérusalem et dans d'autres villes du pays.
M. Netanyahu a affirmé lundi vouloir négocier avec l'opposition sur la suite du projet de réforme et "mener un dialogue entre nous".
Le chef de l'opposition, le centriste Yaïr Lapid, a rétorqué que "l'objectif de Netanyahu était de faire taire les protestataires" et prévenu que la lutte ne faisait que commencer.
Cette crise, qui divise profondément le pays, a suscité les inquiétudes de plusieurs alliés d'Israël, notamment des Etats-Unis.
La France s'est dite mardi "profondément attachée aux principes démocratiques, qui forment le socle de notre amitié avec Israël depuis son indépendance".
Les manifestations ont attiré des Israéliens de tous les horizons politiques et sociaux, laïques ou religieux, militants pacifistes, cols bleus ou travailleurs du secteur de la technologie mais aussi des réservistes de l'armée, dans un contexte de montée des violences israélo-palestiniennes.
F.Wilson--AT